Depuis le début de ce temps de Carême un petit groupe de paroissiens se réunit le lundi après la messe du soir pour lire et méditer l’enseignement du pape François sur l’amour divin et humain du Cœur du Christ. En lisant Dilexit nos, nous nous saisissons mieux pourquoi dire au cœur de l’année jubilaire que le Sacré Cœur est notre espérance n’est pas juste un slogan creux.
Certes, la dévotion au Sacré Cœur continue de pâtir de l’image de la désuétude qui lui est associée. Mais avec cet enseignement contemporain, François rappelle à tous que le plus important, c’est le Cœur. Un peu comme l’appel lancinant du Seigneur, le jour du mercredi des cendres, à travers la prophétie de Joël : « Revenez à moi de tout votre cœur … », il nous invite à retrouver le cœur, comme l’unique nécessaire.
Il s’agit donc de s’engager dans un véritable chemin de conversion et ce temps liturgique est véritablement pour cela, le moment favorable. Par une écoute plus assidue de la Parole et des exercices d’assujettissement du corps à l’esprit, le cœur se débarrasse des nombreuses « feuilles mortes » qui le recouvrent, et s’éloigne peu à peu de la sclérose dont il est sans cesse menacé.
L’enjeu de la conversion des cœurs, redisons-le, n’est pas simplement le confort spirituel personnel, ou l’entretien de notre petite relation avec Jésus. Le monde mène une course effrénée vers sa propre destruction parce que le cœur de l’homme est malade.
Se faisant l’écho de la Parole biblique, il y a plus de 60 ans, le deuxième concile du Vatican rappelait « qu’en vérité, les déséquilibres qui travaillent le monde moderne sont liés à un déséquilibre plus fondamental qui prend racine dans le cœur même de l’homme ». GS 10
L’actualité de ces jours derniers n’est pas rassurante. Les dirigeants les plus puissants du monde semblent mus par des critères de discernement totalement ubuesques. On parle de possibilités de guerre mondiale, de déportation de populations, d’annexion de territoire. On justifie des attentats violents, et des appels à la haine et au meurtre font désormais partie du débat public. Au même moment, les richesses du monde se concentrent aux mains des mêmes. Des transhumances massives du sud vers le nord, ne provoquent aucune prise de conscience réelle et tandis que les uns se contentent de petites actions pour une bonne conscience à peu de frais, d’autres développent des argumentaires égoïstes au mépris de la réalité bien plus complexe qu’on ne veut l’admettre. Tout ceci reflète l’état des cœurs de la plupart. Des cœurs blessés, désintégrés et déstructurés. C’est à la racine que le mal peut être guéri, c’est d’abord le cœur de l’homme qui demande à être soigné.
Et pour guérir le cœur il faut un cœur qui ait cette puissance de guérison : C’est le Sacré Cœur de Jésus. Le Centre de l’histoire. C’est de lui que coulent des sources d’eau vive qui purifient les cœurs et les rendent aptes à l’humanité.
Avec L’encyclique du pape François, la dévotion au Sacré Cœur devient centrale et on en saisit clairement la raison. C’est de l’Evangile dont il s’agit. Il n’est question que du Christ dont l’amour divin et humain est symbolisé par le cœur. Notre bon vouloir, notre « gentillesse », « notre ouverture », perdent toute valeur s’ils sont vécus en marge et parfois en opposition de l’Evangile d’un cœur réconcilié. Le chrétien n’est pas un humanitaire (c’est un métier). Il est un homme au cœur guéri par l’amour divin et humain du Cœur du Christ. Dès lors, il entend l’appel à être frère de tous. Il devient levain dans la pâte, bâtisseur de pont.
Il nous a aimés d’un même amour et tous, nous avons du prix à ses yeux. Un monde fraternel au sens de l’Evangile est l’unique issue. Il jaillit de cet amour humain et divin. Il n’y en a pas d’autre, et la preuve nous est faite au quotidien.
Chanoine Pascal Molemb Emock, curé